Quelle chance nous avons eu de réaliser ce rêve une semaine seulement avant que la pandémie de COVID-19 n'atteigne notre porte à notre retour d'Afrique. Ce voyage a lancé ma carrière de photographe d'art animalier et m'a placé sur une toute nouvelle voie.
Marisa et moi avons partagé cette aventure avec quelques amis qui aiment la nature autant que nous. Je me souviens encore de l'excitation et des cris à l'intérieur de notre jeep lorsque nous avons vu des girafes pour la toute première fois, à peine une heure après être entrés dans le parc national Kruger. C'est une sensation incroyable d'observer des créatures aussi magnifiques et puissantes dans leur environnement naturel, sans clôtures. Le parc est très accessible et permet des safaris en auto-conduite, ce qui fut l'une des raisons pour lesquelles il nous a tant attirés.
Certains moments de ce voyage resteront gravés dans ma mémoire pour toujours...
Le premier s'est produit à peine 30 minutes après être entrés dans le parc national Kruger. Nous avions consommé toutes les informations possibles sur les safaris pour nous assurer d'être bien préparés. Nous savions très bien qu'il ne fallait jamais se laisser encercler par les éléphants, surtout lorsqu'ils sont accompagnés de leurs petits. Ils sont extrêmement protecteurs envers leurs jeunes, et il est important de toujours garder une porte de sortie au cas où la tension augmenterait. Mais la théorie ne correspond pas toujours à la réalité!
Nous étions remplis d'admiration lorsque le premier éléphant a émergé des buissons directement devant notre véhicule. Nous avons éteint le moteur et avons simplement profité du moment. Mais à peine une minute plus tard, plusieurs autres éléphants sont apparus derrière nous, puis à côté de nous… et soudain, nous étions piégés, entourés d'éléphants dans toutes les directions. Nous avons vite réalisé qu'en Afrique, on ne peut pas tout contrôler. En restant calmes, nous avons vite compris que les éléphants n'avaient pas de mauvaises intentions, et la peur a rapidement cédé la place à la gratitude d'avoir vécu un moment aussi puissant si tôt dans notre voyage.
Un autre moment inoubliable a également impliqué des éléphants. Nous n'avions toujours pas vu de grands félins, et notre route nous a conduits à une rivière où un groupe d'éléphants se rafraîchissait. Notre véhicule était arrêté sur une route de terre étroite, avec la brousse à quelques mètres seulement. Pendant que nous observions le troupeau, un lion a soudain rugi. Des frissons ont parcouru tout notre corps. Le rugissement était si puissant que nous n'avions aucune idée si le lion était près de notre véhicule ou près des éléphants. J'avais l'habitude de sortir la moitié de mon corps hors du véhicule par la fenêtre pour photographier les animaux, mais je me souviens m'être retiré et entrer à l'intérieur à la vitesse de l'éclair. C'était absolument incroyable.
Puis une scène extraordinaire s'est déroulée sous nos yeux : un autre rugissement a retenti dans l'air, et le troupeau d'éléphants a immédiatement formé un cercle défensif, protégeant les membres les plus petits et les plus faibles au centre. Quelle belle démonstration d'unité et de protection la nature nous a montrée à ce moment-là.
Et le moment le plus intense de ce voyage fut notre rencontre avec ce magnifique léopard. Depuis le début du safari, nous recherchions des images de grands félins, mais après quatre jours passés douze heures par jour dans la brousse, nous étions toujours bredouilles. Le cinquième jour, nos femmes étaient épuisées, alors mon ami Alex et moi avons décidé de continuer seuls.
Nous avons reçu une notification qu'un léopard avait été aperçu à environ quatre heures de notre lodge. Nous avions déjà accumulé des dizaines de photographies d'éléphants, de girafes, de zèbres et de nombreux autres animaux, mais toujours pas de lions ni de léopards. Nous avons donc décidé de tenter notre chance.
Quatre heures de route, sans aucune garantie que le léopard serait toujours là… et puis, après seulement quelques minutes de recherche dans la zone signalée, il était là. Cette rencontre légendaire s'était enfin produite.
Je vous invite à cliquer sur l'image pour découvrir le reste de l'histoire derrière cette photographie, qui reste l'une des images les plus puissantes que j'aie jamais capturées dans ma vie.
Après notre safari, nous nous sommes dirigés vers Le Cap... une ville côtière à couper le souffle avec un charme véritablement unique. Ses routes à flanc de falaise sont absolument palpitantes. Passer une soirée là-bas, en regardant la lumière dorée peindre l'horizon, l'océan et les montagnes entourant ces routes sinueuses, est une expérience inoubliable.
Pourtant, au sein de cette magnifique ville se cache une réalité déchirante et frappante : l'inégalité… à une échelle inimaginable.
Derrière les rues immaculées, on ressent le poids de l'histoire et la dure réalité des inégalités qui touchent une grande partie du pays. En traversant différents quartiers, le contraste est accablant : de luxueuses propriétés à flanc de colline surplombent des townships où des familles vivent dans des conditions révoltantes. C'est dérangeant, c'est réel, et c'est quelque chose que chaque visiteur devrait voir et affronter.

Nous avons vécu une expérience que je n'oublierai jamais : expérimenter les deux extrêmes le même jour. Un matin, nous avons visité un township. Des maisons s'étendant sur des kilomètres qui inspiraient une profonde tristesse… Des pêcheurs se battant avec les oiseaux dans l'espoir de gagner quelques centimes après avoir vendu leur prise. Des personnes âgées contraintes à des travaux physiques épuisants juste pour survivre.

Puis, plus tard dans l'après-midi, nous avons visité un luxueux vignoble. Je me souviens encore du dégoût que nous avons ressenti en voyant une telle abondance exister à côté d'une pauvreté aussi accablante. Notre repas coûteux n'était pas du tout agréable parce que nos esprits étaient consumés par l'injustice qui nous entourait. Ce n'était pas un sentiment agréable ; nous nous sentions coupables d'avoir accès à tant de richesses que nous tenons si souvent pour acquises.
Mais au final, ce sont souvent les expériences les plus inconfortables qui nous façonnent et nous transforment.
Photographier la beauté de la nature à travers le monde est une profession incroyable. Pourtant, il y a encore des aspects de mon travail que je n'apprécie pas particulièrement : les heures interminables passées devant un ordinateur à réfléchir aux mots-clés ou à élaborer des campagnes de marketing. C'est un mal nécessaire si l'on veut que les gens découvrent son travail, et de temps en temps, je me plains de ces tâches que je n'aime pas tant. Mais lorsque j'ai photographié ce groupe de pêcheurs, je me suis dit que je ne voulais plus jamais me plaindre de mon travail. Ils travaillent incroyablement dur pour si peu. Bien que mes revenus de photographe soient loin d'être garantis, ces moments m'ont fait réaliser à quel point j'étais vraiment chanceux.

L'Afrique m'a appris que voyager ne consiste pas simplement à cocher des destinations sur une liste.
Il s'agit d'être transformé par ce que l'on rencontre. L'Afrique du Sud m'a forcé à témoigner à la fois de sa magnificence et de ses contradictions, à embrasser l'émerveillement et l'inconfort en même temps… et je dois avouer que c'est addictif.
À peine de retour au Québec, je rêvais déjà d'un second voyage en Afrique. Le temps dira si cette prochaine aventure me mènera au Kenya ou en Namibie… deux destinations qui figurent toujours en tête de ma liste de choses à faire.








